Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
leboudoirdemadame

Une épopée : Pour le plaisir et pour le pire, la vie tumultueuse d'Anna Gould et Boni de Castellane par Laure Hillerin .

12 Novembre 2019, 17:32pm

Publié par leboudoirdemadame

 

 
« Sérieux, assidu, passionné pour la politique », voilà, comme le notera Léon Daudet, celui qui se cache derrière l’autre Boni, vu  comme «  un homme frivole, un élégant mondain, uniquement  occupé de ses chaussettes  de soie, de ses cravates et de ses étincelants chapeaux.
 
Si je cite en introduction ce passage de « Pour le plaisir et pour le pire » qui brosse l’histoire d’un couple improbable, c’est pour d’emblée couper court encore aujourd’hui à l’image réductrice que l’on projette sur  Boni de Castellane : un aristocrate profiteur , jouisseur…la vérité est plus complexe que cela !
 
D’autre part si dans cet ouvrage nourri d’informations extraites pour la première fois d’archives familiales, je jette mon dévolu sur la trajectoire de Boni de Castellane c’est qu’il est au final un personnage attachant en plus d’ un père aimant, un ami fidèle qui ne fréquente pas « que » l’aristocratie et qui est par-dessus tout un être épris de beauté.
 
Mais revenons au début de « Pour le plaisir et pour le pire ».Ce roman vrai « comme le dit la quatrième de couverture, débute à New York dans une profusion de fleurs et de diamants .
L’on y fait connaissance avec Anna Gould, fille de Jay Gould ,un homme aux origines modestes et qui à  force de travail acharné  et il faut  bien l’avouer de « coups tordus » deviendra l’un des hommes les plus riches d’Amérique, le seul a avoir bâti sa fortune en une seule génération .
 
Anna aussi peu accorte  que son père , mal dans sa peau dirait-on aujourd’ hui,  épouse Boni  le 4 mars 1895 et comme le laisse entendre le titre du livre : plus pour le pire que pour le plaisir. Un mariage d’arrangement ? 
Cette « forteresse assiégée » qu’est Anna  apportera  à Boni de Castellane de quoi nourrir sa passion pour le beau : l’argent ! Une manne qui lui permettra  de réaliser ses rêves d’esthète : acquérir  des meubles signés, des toiles de maître dont des Gainsborough, des Van Dick, le fameux Rembrandt  à la fourrure  ( acquis, tout est relatif  pour « une bouchée de  pain ) et de  construire en 1896  dans un quartier en pleine expansion ( l ’avenue du Bois devenue plus tard l’ avenue Foch),  le fameux Palais Rose  ou « Le Grand siècle ressuscité » : un grand corps vivant de  mille mètres carrés ( cent domestiques pouvait y loger ) qui accueillera l’ors de fêtes somptueuse , la fine  fleur de l’aristocratie européenne , des têtes couronnées, l’élite intellectuelle …   
 
Très vite dans ce livre  on oublie  la peu sympathique Anna parce que le couple divorce, le conte de fées ayant tourné au désastre . Chacun son chemin ! Remariée avec Hélie, duc de Talleyrand, de Saga, Anna, restera l’ éternelle petite fille gâtée, égocentrique  qui certes a été  trompée par Boni mais qui  ne se privera  pas au moment du divorce de l’ humilier et de lui rendre la vie impossible !  
Celui-ci  fait bonne figure , lui « souverain déchu » qui tel le Phénix renaîtra de ses cendres, endossant en plus de son mandat de député  des Basses-Alpes différents métiers ( décorateur, antiquaire, journaliste) pour au moment de la guerre de 14/18  jouer avec une clairvoyance étonnante un rôle de diplomate auprès de sommités et éminences grises censées empêcher le désastre. 
 
Au fil des pages, on suit sa vie chaotique qui petit a petit se réduit à un nombre restreint d’amis , de relations comme Proust mais qui n’entame jamais son panache dont l’apothéose se concentre dans ses soirées rue de Lille où il sort le grand jeu : argenterie, porcelaine de Sèvres ; service a café en vermeil contrastant avec la modestie de sa chambre presque nue comme une cellule de moine .« C’est une oeuvre d’enthousiasme qu’une réception ; n’en donnez pas si vous n’avez pas  le soleil dans l’esprit «  a-t -il confié à une amie .
 
Malade, Boni mourra en 1932 . Le journaliste Pierre Lazareff  pour Paris-Midi  concluera son article par une phrase extraite des mémoires de Boni  « J’aurais eu du moins une consolation, celle de de ne jamais m’ennuyer  » .On ne saurait trop si bien dire !
 
Pour le plaisir et pour le pire, la vie tumultueuse d'Anna Gould et Boni de Castellane , Laure Hillerin, éditions Flammarion .

Voir les commentaires

Sur les pas d' Une paysanne russe de Léon Tolstoï

6 Novembre 2019, 15:13pm

Publié par leboudoirdemadame

 

L’approche de l’hiver est je trouve propice à certaines lectures intimistes notamment …slaves! Bonne pioche avec Une paysanne russe de Léon Tolstoï qui sort  dans une nouvelle traduction ( augmentée d'une préface explicative )  aux éditions autrement . Qu’on ne se méprenne pas, il ne s’agit pas d’un roman au sens strict du terme mais d’un témoignage ,celui d’ Anissia, une jeune  servante affranchie qui mariée de force suit son mari du fond de la Russie du XIXè siècle  . 
Retour d’abord aux origines du livre :  Tolstoï  ayant eu vent de cette vie bouleversante et bouleversée, l’a couchée sur papier .Résultat ? Un livre  édité en 1902,  paru pour la première fois en France en 1923 et  qui a même servi  pour l’apprentissage de la langue russe, un manuel qui a fait son chemin et jusqu’à moi puisque dans les années 60 mon professeur de russe me l’a mis sous le nez comme exercice ! 
Le récit  d’Anissa commence dans la province de Toula avec son mariage à la veille de l’abolition du servage par Alexandre II . Entre valse hésitation, obligation filiale, dépendance , Anissa, résignée, accepte le sort qui lui est réservé tout en ayant le sentiment confus que cette union sera faite de malheurs.
Ecrit dans un style simple, Une paysanne russe déroule le quotidien, misérable et accablé d'épreuves d ’Anissa, un des plus terribles étant la relégation en Sibérie de son mari coupable de vol de bétail, mari qu’elle suit, accompagnée de ses trois enfants avec au final, la mort de celui-ci . 
« Quand je songe à ce qu’on a enduré avec lui, en Sibérie, j’ai mon coeur qui fait des bonds. Je l’aimais parce que c’était une âme simple « dit-elle.
La force de caractère, le courage  d’Anissa, son pragmatisme éclairé, la sortiront au bout d’une dizaine d’années de cet enfer et après un voyage de retour pénible, semé encore d’embûches  elle rejoindra sa famille et se remariera pour ne pas finir misérable.
La lecture d ‘Une paysanne russe au XIXè siècle est comme une confession sur laquelle  le temps n’a pas eu prise. L’ on pourrait imaginer qu’un micro aujourd'hui  ait capté ce récit dont la sobriété est telle qu’elle le rend là aussi très contemporain . Ce qui en fait près de deux cents ans après, une lecture qui serait obligée si elle n'était d'emblée  spontanée...
 
Une paysanne russe, Léon Tolstoï, éditions autrement ( préface d'Anne Coldefy-Faucard ) 

Voir les commentaires

Bravo à La panthère des neiges de Sylvain Tesson

4 Novembre 2019, 15:47pm

Publié par leboudoirdemadame

Comme un cavalier  surgi de nulle part "La panthère des neiges " de Sylvain Tesson a remporté le prix Renaudot. Victoire amplement méritée je trouve pour cette épopée sur les hauts plateaux d'Asie à la recherche de ce félin mythique.

N'allez pas croire qu'il faille être un adepte de la vie sauvage ou de la haute randonnée par des températures frisant les moins 35 entre "désert" au sommet  et failles rocheuses pour être captivé par cet ouvrage .

Non La panthère des neiges va bien au-delà de ce qui est devenue on pourrait dire monnaie courante eu égard aux embouteillages du côté de l' Anapurna .

C'est une leçon de vie que Sylvain Tesson nous donne en nous apprenant, la patience grâce à la science  de l' "affût" "un style de vie",  guettant des heures durant l'improbable :  à savoir, la silhouette de la panthère des neiges et  en compagnie du photographe Vincent Munier chargé d'immortaliser l'apparition .

Dès la première page, l'auteur nous extirpe du quotidien et c'est comme en lévitation que l'on est transplanté au côté de l'auteur sur les pistes chaotiques jouxtant parfois le Mekong qu'il connaît bien jusqu'au Chang Tang.

On peut le deviner sans se tromper c'est à sa propre poursuite que Sylvain Tesson mène cette expédition, la panthère des neiges n'étant au fond  pour lui qu' un prétexte pour mieux régler ses comptes , s'affranchir de quelques  douleurs : familiales, privées...

On apprendra aussi ce qu'est la vie "en condition extreme "appliquée à notre quotidien lambda  : le combat pour subsister, résister , la mort et comme il l'écrit :

"vénérer ce qui se tient devant nous .Ne rien attendre. Se souvenir beaucoup. Se garder des espérances, fumées au-delà des ruines.Jouir de ce qui s'offre.Chercher les symboles et croire la poésie plus solide que le foi.Se contenter du monde.lutter pour qu'il demeure ".Un crédo, le sien qui peut être aussi le nôtre.  Dominique Larue.

La panthère des neiges , Sylvain Tesson , éditions Gallimard.

Voir les commentaires