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leboudoirdemadame

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Un choix critique par Dominique Larue, journaliste ex Madame Figaro

Une épopée : Pour le plaisir et pour le pire, la vie tumultueuse d'Anna Gould et Boni de Castellane par Laure Hillerin .

 

 
« Sérieux, assidu, passionné pour la politique », voilà, comme le notera Léon Daudet, celui qui se cache derrière l’autre Boni, vu  comme «  un homme frivole, un élégant mondain, uniquement  occupé de ses chaussettes  de soie, de ses cravates et de ses étincelants chapeaux.
 
Si je cite en introduction ce passage de « Pour le plaisir et pour le pire » qui brosse l’histoire d’un couple improbable, c’est pour d’emblée couper court encore aujourd’hui à l’image réductrice que l’on projette sur  Boni de Castellane : un aristocrate profiteur , jouisseur…la vérité est plus complexe que cela !
 
D’autre part si dans cet ouvrage nourri d’informations extraites pour la première fois d’archives familiales, je jette mon dévolu sur la trajectoire de Boni de Castellane c’est qu’il est au final un personnage attachant en plus d’ un père aimant, un ami fidèle qui ne fréquente pas « que » l’aristocratie et qui est par-dessus tout un être épris de beauté.
 
Mais revenons au début de « Pour le plaisir et pour le pire ».Ce roman vrai « comme le dit la quatrième de couverture, débute à New York dans une profusion de fleurs et de diamants .
L’on y fait connaissance avec Anna Gould, fille de Jay Gould ,un homme aux origines modestes et qui à  force de travail acharné  et il faut  bien l’avouer de « coups tordus » deviendra l’un des hommes les plus riches d’Amérique, le seul a avoir bâti sa fortune en une seule génération .
 
Anna aussi peu accorte  que son père , mal dans sa peau dirait-on aujourd’ hui,  épouse Boni  le 4 mars 1895 et comme le laisse entendre le titre du livre : plus pour le pire que pour le plaisir. Un mariage d’arrangement ? 
Cette « forteresse assiégée » qu’est Anna  apportera  à Boni de Castellane de quoi nourrir sa passion pour le beau : l’argent ! Une manne qui lui permettra  de réaliser ses rêves d’esthète : acquérir  des meubles signés, des toiles de maître dont des Gainsborough, des Van Dick, le fameux Rembrandt  à la fourrure  ( acquis, tout est relatif  pour « une bouchée de  pain ) et de  construire en 1896  dans un quartier en pleine expansion ( l ’avenue du Bois devenue plus tard l’ avenue Foch),  le fameux Palais Rose  ou « Le Grand siècle ressuscité » : un grand corps vivant de  mille mètres carrés ( cent domestiques pouvait y loger ) qui accueillera l’ors de fêtes somptueuse , la fine  fleur de l’aristocratie européenne , des têtes couronnées, l’élite intellectuelle …   
 
Très vite dans ce livre  on oublie  la peu sympathique Anna parce que le couple divorce, le conte de fées ayant tourné au désastre . Chacun son chemin ! Remariée avec Hélie, duc de Talleyrand, de Saga, Anna, restera l’ éternelle petite fille gâtée, égocentrique  qui certes a été  trompée par Boni mais qui  ne se privera  pas au moment du divorce de l’ humilier et de lui rendre la vie impossible !  
Celui-ci  fait bonne figure , lui « souverain déchu » qui tel le Phénix renaîtra de ses cendres, endossant en plus de son mandat de député  des Basses-Alpes différents métiers ( décorateur, antiquaire, journaliste) pour au moment de la guerre de 14/18  jouer avec une clairvoyance étonnante un rôle de diplomate auprès de sommités et éminences grises censées empêcher le désastre. 
 
Au fil des pages, on suit sa vie chaotique qui petit a petit se réduit à un nombre restreint d’amis , de relations comme Proust mais qui n’entame jamais son panache dont l’apothéose se concentre dans ses soirées rue de Lille où il sort le grand jeu : argenterie, porcelaine de Sèvres ; service a café en vermeil contrastant avec la modestie de sa chambre presque nue comme une cellule de moine .« C’est une oeuvre d’enthousiasme qu’une réception ; n’en donnez pas si vous n’avez pas  le soleil dans l’esprit «  a-t -il confié à une amie .
 
Malade, Boni mourra en 1932 . Le journaliste Pierre Lazareff  pour Paris-Midi  concluera son article par une phrase extraite des mémoires de Boni  « J’aurais eu du moins une consolation, celle de de ne jamais m’ennuyer  » .On ne saurait trop si bien dire !
 
Pour le plaisir et pour le pire, la vie tumultueuse d'Anna Gould et Boni de Castellane , Laure Hillerin, éditions Flammarion .

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