Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
leboudoirdemadame

leboudoirdemadame

Un choix critique par Dominique Larue, journaliste ex Madame Figaro

A lire ou pas : Sérotonine de Michel Houellebecq

undefined

Et bien voilà : j'ai terminé Sérotonine. Sentiment mitigé notamment sur l'équilibre narratif : on a l'impression de lire plusieurs livres à la suite. Pour synthétiser,disons que la trame de ce roman est l'évocation de plusieurs histoires d'amour ( et de "cul" bien sûr : un thème récurrent chez l'auteur et qui içi n'a rien de scabreux tant il est abordé façon rapport d'expertise médicale ) qui entraînent le lecteur sur : la Costa Brava ( tourisme de masse ), le Paris du XIIIè arrondissement, la Normandie ( entre terre et mer ) et, dans quelques autres villégiatures comme Bagnoles-de-l'Orne, le pays Basque, Niort…L' itinérance ayant le plus souvent pour terminus des hôtels plus improbables que "de charme" et où le héros : Florent-Claude Labrouste ex ingénieur Agro, "disparu volontaire " n'a qu'une chose en tête en y arrivant : déconnecter le détecteur de fumée de sa chambre ! Bien sûr toutes ces régions et lieux fort bien croqués et balisés par des détails cartographiques dignes de l'IGN et où défilent des retraités esseulés , des putes, des vaches laitières, des bobos égarés, des poules, des médecins un peu allumés ou tout au moins blasés comme le docteur Azote "à la tête de zadiste" font de Sérotonine une fresque assez hilarante mais en dent de scie d'autant que s'exerce toujours une part de cynisme, une des marques de fabrique de l'auteur.Outre les principaux  personnages : par exemple Yuzu, une des premières maîtresses de Florent-Claude qui apparaît en premier dans le roman et qu'il n' épargne pas ( faut dire que la bougresse, rivée a son portable, le mérite ) ou Camille, la douce Camille, on trouve aussi des figures annexes, sorte de melting pot  où domine l'ami de toujours de Florent-Claude : Aymeric d'Harcourt-Olonde , hobereau recyclé agriculteur campé dans un rôle de looser voué à une décente aux enfers implacable. Michel Houellebecqu parsème également Sérotonine de rencontres furtives, de jugements divers notamment culinaires comme  la charcuterie de pays ou l'art de l'houmous !  On y croise également, cités au fil des pages, quelques VIP des médias ou de l'édition ( on ne les citera pas par charité ). A noter aussi  quelques coups de griffes administrés envers : les Hollandais ( en général ), les monastères, l'aristocratie terrienne ( enfin ce qu'il en reste ), les Anglo-Saxonnes ( en particulier), les producteurs d'abricots du Roussillon, les bobos, quelques vieux Nippons….Le résultat, bien que dominé en toile de fond par l'idée du suicide est très vivant mais un peu décousu. Rien à part le désespoir de Florent-Claude qui voit mourir sa vie ne lie finalement l'ensemble dans le travail d'écriture. Est-ce grave ? Au lecteur d'en juger!Le "héros" ère page après page comme un ovni paumé, hors sol, désespéré jusqu'à sa conclusion ...  Les plus belles pages sont pour moi celles où il évoque son histoire d'amour avec Camille qu'il aime sincèrement. Bref, un roman en dent de scie où on rit et pleure ce qui rend Sérotonine émouvant et attachant en plus de l'écriture : toujours alerte, lapidaire, juste et où le sens de l'observation propre à  Houellebecqu est toujours aussi incisif, percutant, ravageur comme son humour au paroxysme  dans les soixante premières pages . Un début qui tranche avec la fin du roman et où sortir son mouchoir n'a rien d'incompatible ...Sérotonine c'est comme la molécule du même nom: un anti dote efficace mais avec possibles effets secondaires…Sérotonine, Michel Houellebecq, Flammarion 

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :