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leboudoirdemadame

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Un choix critique par Dominique Larue, journaliste ex Madame Figaro

A lire : Journal d'Irlande de Benoîte Groult aux éditions Grasset

Benoîte Groult : une femme qui a su garder le cap...

 

La perspective de l’âge finit toujours un jour ou l’autre à interpeller celui ou celle qui est concerné. Personne n’y échappe et encore moins en son temps, l’écrivain Benoîte Groult disparue en 2016. La sortie de son Journal d’Irlande aux éditions Grasset fait écho à cette étape inéluctable et cruciale. Un écho qui a déclenché le besoin d’en savoir plus !

Dès les premières pages le lecteur est conquis par le texte alerte, vif et  plein d’humour dont d’ailleurs la première phrase est « A notre âge! » . Une interjection formulée par son mari, l’écrivain Paul Guimard dubitatif eu égard justement à l' âge du couple ( tous deux ont dépassé largement la cinquantaine) devant la location d’un camping car brinquebalant destiné à sillonner l’Irlande à la recherche d’une maison du côté de Cork .Un road moovie qui ne manque pas de sel ni d’embruns comme le fameux « drizzle » .

Durant vingt six étés ( des années 1977 à 2003), Benoîte Groult narre par le menu, sa passion de la pêche, du bateau sur son Drennec,  au sein d’une vie locale haute en couleurs et figures pittoresques allant des enfants aux teints d’albâtre constellés de taches de rousseur, aux « paysans comme on en voit plus en France » et aux vieux briscards de mer.

La rusticité de cette vie qui la rend heureuse, tonique à force de travaux divers ( navigation à la rame, relevage des casiers...) est entrecoupée de visites d’amis comme François Mittterand, Elisabeth et Robert Batinder , Jean-Loup Dabadie et son épouse Marie, Régis Debray... Encore plus magistrale, l’arrivée en 1980 du navigateur Eric Tabarly à bord de son Pen Duick VI.  

Tout ce petit monde reçu « à la bonne franquette » dans la maison du couple et  devant des tablées de  homards, oursins, bouquets et étrilles pêchés par Benoîte, témoigne de moments de bonheur et félicité loin des mondanités et tumultes .

Le tumulte, Benoîte Groult le réserve si l’on puis dire à sa double vie entre son mari et amant américain, Kurt rencontré en 1945 et retrouvé dans les années 60. 

Cet « entre deux » sans tabou ni secret (Paul Guimard est parfaitement au fait de la situation ) plein d’humour parfois et de rosserie ( Benoîte non contente d’appuyer chez les autres là ou ça fait mal agit pareillement avec elle même ) fait de Journal d’ Irlande, un témoignage authentique sur l’amour, la jalousie, la vie conjugale, l’âge, le renoncement…

L’écrivain et féministe qu’est Benoîte Groult et qui a tant aimé la mer  a su mener sa barque en gardant toujours le cap.

Journal d'Irlande, Carnets de pêche et d'amour 1977-2003  Benoîte Groult .Texte établi et préfacé par Blandine de Caunes, aux éditions Grasset 

Ce journal  donnera sans doute envie de (re) lire certains titres de Benoîte Groult (Les vaisseaux du coeur, Cette mâle assurance, La part des choses et avec sa soeur Flora, Journal à quatre mains... ) et de Paul Guimard : Les choses de la vie qui a donné dans le film éponyme de Claude Sautet un des plus beaux rôles à Romy Schneider.

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