Elle est jeune, jolie et talentueuse et elle s'appelle Salomé Villiers . Née dans une famille de comédiens, d'acteurs, de réalisateurs, Salomé perpétue la tradition familiale et après des années de conservatoire , foule  les planches en jouant aussi bien Marivaux ,Llorca, Guitry que Labiche .Non contente d'être comédienne, Salomé est aussi metteur en scène et elle dirige une compagnie: La Boîte aux Lettres .On pourra voir Salomé  du 5 avril au 6 mai 2017  eu Théâtre Michel dans Le jeu de l'amour et du hasard  de Marivaux. Pièce qu'elle met également en scène . Rencontre avec une jeune femme unique et... multiple.

Devient on comédienne  par tradition familiale ? par goût personnel ? Les deux  ou pas du tout  ?

J'ai toujours voulu être comédienne depuis tout petite, raconter des histoires et en découvrir de nouvelles c'était mes occupations de tous les jours comme beaucoup d'enfants ! Je lisais énormément,j'étais fan de mythologies, de contes,de pièces de théâtre et de bandes dessinées. Ma mère m'emmenait au théâtre,au cinéma et au musée très souvent et mes grands-parents m'ont fait découvrir les vieux films.J'étais autant sous le charme de Jean Marais ou de Jacques Perrin que de Batman ou Tintin.

Quand j'étais petite,je voulais être Cyrano, ce personnage me fascinait et je devais avoir 4 ans quand ma mère m'a emmené voir Cyrano dans un manège où tous les acteurs arrivaient à cheval. L'acteur qui jouait Cyrano bondissait comme un tigre parmi les spectateurs pendant la tirade des nez, j'étais fascinée...J'ai été bercée par les aventures de ma famille. Ma mère partait souvent en tournage pour interviewer de grands artistes, elle avait toujours une bonne idée dans la tête et elle m'en parlait , j'étais son premier public.

Mes grands parents me racontait les histoires qu'il avaient vécues en tournage, leurs voyages , leurs fêtes avec des artistes que j'admiraient  (ma grand-mère dansant avec Gene Kelly, ma mère filmant Micheal Jackson en train de faire du patin à roulettes avant un concert,mon grand-père qui partaient faire les 400 coups avec Tanguy et Laverdure dans le monde entier etc...) .J'ai été bercée par les aventures de ma familles, j'avais des étoiles dans les yeux,des histoires merveilleuses qui se gravaient pour toujours dans ma joyeuse caboche de petite fille! 

 

Comment votre famille a-t-elle réagit quand vous leur avez annoncé votre désir de devenir comédienne ?

Quand j'ai dit que je voulais suivre des cours de théâtre,tout le monde étaient ravi ! Au début oui ... C'est sain et charmant un enfant qui veut faire une activité artistique au sein d'une famille d'artistes ! En revanche quand ça grandit et que ça devient sérieux,ce n'est plus la même affaire. On m'a beaucoup mis en garde contre un métier très difficile et très exigeant,on a même essayé de me dissuader, "ce métier peut s'arrêter à tout instant" ,"un jour ça marche et un jour ça ne marche plus... " , "ce métier fait mal", "actrice c'est ce qu'il y a de plus difficile et puis il y a tellement de monde sur le marché maintenant".

Je n'ai compris ces avertissements que beaucoup plus tard. Et je n'oublierais jamais tout ce qu'on m'a dit car ce sont des vérités qui " nous font le cuir " , c'est une sorte de bouclier contre les épreuves de ce métier. Mon grand-père et son frère Jean-Pierre Aumont étaient très proches, j'avais vu beaucoup de films de Jean-Pierre , et j'aimais beaucoup ce bonhomme, il était très rieur et très bienveillant avec moi .Ma cousine Lola Aumont et moi nous organisions des spectacles avec nos amis  quand nous étions petites et nous avons eu la même envie,le même besoin d'en faire notre métier.

Après mon bac , je suis rentré dans un cours professionnel à la condition que j'aille à la fac en même temps . J'ai très vite abandonné la fac pour ne me consacrer qu'à mon apprentissage théâtral. 

 

Y a-t-il une scène, une réplique d'auteur qui vous ai marquée dans votre enfance ?

Je me souviens de mon grand-père qui me demandait tous les dimanches de lui faire une fable ou un monologue , il me citait souvent celui de "On ne badine pas avec l'amour" qu'il adorait et que Jean-Pierre Aumont avait joué dans le rôle de Perdican. 

"Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu'on te fera de ces récits hideux qui t'ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : “ J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui."

C'est à partir de ma première année de Conservatoire du 11 ème avec Alain Hitier et Philippe Perrussel , que mon grand-père s'est rendu compte que j'étais très sérieuse dans ma démarche et que j'étais très travailleuse .J'ai une grande soif d'apprendre encore et toujours .J'ai eu beaucoup de chance car ma mère, mes grands-parents et ma tante Vénita ont été très présents pour moi et m'ont beaucoup soutenu.J'étais passionnée par ma formation ,j'ai fait de formidables rencontres humaines autour du travail de scènes classiques ou contemporaines  .

 

Quelle qualité exige le métier de comédienne ? La patience ?

C'est un métier qui prend du temps. Du temps pour l'apprendre , du temps pour le comprendre , du temps pour le mettre en place , du temps pour le vivre , et ce fût difficile pour la jeune comédienne impatiente, déterminée et heureuse de pouvoir montrer ce que j'avais dans le ventre , d'attendre ... Lors de moments difficiles où j'ai pu me sentir rejetée, non désirée ou pas à ma place , je me suis souvenu de mon autre premier amour qui était d'inventer et mon envie de mettre en scène...et j'étais tellement déterminée , je ne pouvais rien faire d'autre , je ne voulais pas me laisser sombrer et mon grand père m'a toujours dit " personne ne t'attend alors à toi de jouer!" .Et ma mère de me dire :" si la porte est fermée , essaies de passer par la fenêtre!" alors j'ai retroussé mes manches avec un plaisir intense et j'ai monté mes projets !

 

Vos premiers pas au théâtre ,un bon souvenir ?

J'ai commencé à travailler comme ouvreuse au théâtre de l'Oeuvre en même temps que ma formation et ce fut également une expérience très intéressante , je travaillais dans un théâtre magnifique , j'ai pu voir des pièces très différentes et dont certaines m'ont fait rêver. J'étais tous les soirs avec des comédiens et des metteurs en scène et cela m'a beaucoup appris aussi! J'ai fait des rencontres incroyables notamment Françoise Petit Balmer avec qui j'ai travaillé deux ans plus tard et qui est une metteur en scène formidable et qui a donné la chance à la jeune comédienne que je suis d'interpréter un rôle comme celui d'Elisabeth Vigée Lebrun!

Pour résumer , je pense que ma famille a nourri ma passion mais que ce besoin de création m'a toujours habité et que mes différentes expériences ont fini par me convaincre qu'être artiste , comédienne et metteur en scène , était ma vocation. J'ai encore beaucoup d'aventures à vivre je l'espère ! Et j'espère que ça va continuer car j'ai encore beaucoup de choses à apprendre et à défendre.

 

Vous avez joué du Llorca, Guitry, Labiche , en ce moment du Cocteau quels autres auteurs aimeriez-vous interpréter prochainement ? Quels rôles ? 

Je n'ai aucune préférence entre la comédie ou le drame! Contemporain ou classique c'est pareil , j'aime autant l'un que l'autre! Ce qui est intéressant c'est de jouer de beaux textes! J'aime beaucoup les pièces classiques de Boulevard ( Feydeau , Courteline , Labiche) car ce sont des partitions très athlétiques pour des comédiens , et c'est un exercice très difficile car il faut jouer la tragédie des personnages ou de la situation avant tout, sinon ce n'est ni drôle , ni émouvant! J'aime aussi énormément les tragédies de Racine , je suis émerveillée  par la richesse et la beauté de ces textes c'est peut être encore à mes yeux l'auteur le plus difficile à interpréter , du haut de ma petite expérience.

En même temps , chaque partition est difficile, le travail sur un texte est toujours intéressant car il faut chercher ce qui n'est pas écrit et s'approprier la plume d'un auteur est toujours délicat et passionnant.J'ai très envie de travailler aussi sur des créations originales , j'ai eu la chance de rencontrer un ami comédien , Pierre Hélie , qui a une plume et un style que j'admire et nous avons commencer un travail de création ensemble sur le thème de la saga hollywoodienne avec 10 autres comédiens , l'auteur continue d'écrire et ce projet ne saurait tarder à voir le jour! Pour notre plus grand bonheur!

En attendant , je rêve d'autres personnages et d'autres histoires , et il y a des auteurs que je veux travailler depuis longtemps comme Shakespeare que j'adore depuis toujours!

Avez-vous des comédiennes ou actrices "de référence ?"

J'en ai plein mais pour n'en citer que quelques unes , je commencerais par la plus grande qui est pour moi  Meryl Streep !! Quand j'étais petite , je me disais "quand je serais grande je voudrais être Meryl Streep ou Catwoman!" 

J'ai aussi  une passion pour les comédiennes des années 50 , Bette Davis est une de mes héroÏnes favorites! Emma Thompson est magique je l'aime énormément , elle me bouleverse!  Et pour les françaises Catherine Deneuve est la princesse de mon enfance et je l'aime toujours autant , Dominique Blanc est royale , Clémentine Célarié est d'une classe folle et tellement émouvante ( elle m' a fait pleurer au théâtre dernièrement dans Darius) et j'adore Céline Salette et Léa Drucker , elle sont tellement puissantes .

Bon j'ai dit que je commencerais pas à énumérer mais la liste est longue! En ce moment je regarde la série " Feud" avec Susan Sarandon et Jessica Lange , elles sont incroyables ! Chaque épisode est une véritable claque et une leçon de jeu forte et intense! Je trouve ça beau d'avoir des modèles et je suis toujours très emballée quand je pense à des oeuvres que j'aime! Oui je pense que j'ai un petit côté "groupie" avec les acteurs et actrices que j'admire mais comme beaucoup de monde je pense...

 

En plus d'être comédienne vous avez aussi  mise aussi en scène Le jeu de l'amour et du hasard  de Marivaux .Comment passe- t- on de l'un à l'autre ? Comptez vous poursuivre dans ce "double jeu" qui vous réussit si bien ? 

J'ai toujours eu envie de mettre en scène et de jouer la comédie. J'ai d'abord étudier le travail du comédien avant de me mettre à la mise en scène . Mon travail sur "Le Jeu de l'Amour et du Hasard" m' a beaucoup appris et m'a fait mûrir. Je ne jouais pas dans "Le Jeu de l'Amour et du Hasard" quand j'ai crée le spectacle avec mes comédiens. J'ai intégré la distribution après la création , et j'ai été guidée et dirigée dans le sens de ma mise en scène par mes camarades qui étaient là depuis la genèse du projet . 

C'est au Théâtre Côté Cour en juin 2015 à Paris que le spectacle a commencé à prendre forme tel qu'il est aujourd'hui . Nous avons rencontré notre producteur , Coq Héron Productions , qui a cru en nous et qui nous a permis de concrétiser nos projets.Et grâce aux différents soutiens que nous avons reçu , nous avons pu lancer la machine! L'année d'après , au printemps 2016 , nous avons été programmé au Théâtre du Lucernaire et nous avons rencontré un public très enthousiaste , nous étions ravis! Juillet 2016 , nous étions au festival d'Avignon au Théâtre du Roi René où nous avons retrouvé avec joie l'équipe du Côté Cour de Paris. Septembre 2016 , retour au Lucernaire avec un plaisir immense , le Lucernaire est un lieu magique et qui est géré par une équipe incroyable que nous aimons beaucoup! Et nous avons joué 4 mois devant des salles très chaleureuses! 5 Avril 2017 , nous reprenons le spectacle pour 25 dates au Théâtre Michel et nous sommes impatients de continuer l'aventure! Nous allons commencer la tournée par Casablanca le 31 Mars , nous passerons au festival d'Anjou le 21 Juin et nous retournons au festival d'Avignon en Juillet , même heure même endroit! 17h45 dans la salle du Roi au Théâtre du Roi René!

Je suis heureuse de tout ce qui nous arrive avec ce spectacle! Ce texte est important pour moi , j'ai grandi avec cette pièce ! Je l'ai découvert comme tout le monde , à l'école , et au début ça ne me parlait pas plus que ça et plus je vieillissais , plus je me rendais compte à quel point la plume de Marivaux était incroyablement moderne! La devise de Marivaux était celle des comédiens italiens  " Castigat Ridendo Mores " , ce qui veut dire "Corrigeons les moeurs par le rire" , et ces mots se sont gravés dans mon esprit dès que je les ai découvert. La finesse de la langue , le comique de situation , la critique sociale, l'amertume et la noirceur qui se mêle à la légèreté et l'amour m'ont touché en plein coeur.

Les grands auteurs classiques ont traversé les âges de part leur faculté à être des visionnaires et à peindre le coeur des Hommes de tout temps. On disait de Marivaux qu'il était "un fin analyste du coeur humain qui pèse des oeufs de mouche dans des balances en toile d'araignée " et j'aime beaucoup cette image de Marivaux .À mes yeux , le texte n'est pas du tout bavard , ce qu'on peut appeler "du marivaudage", au contraire c'est un texte qui doit se jouer avec le corps , c'est un théâtre sanguin et énergique. Je me suis rapidement posée la question "Quelle est pour moi la musique de Marivaux?" et la musique pop rock s'est imposée à moi , je me suis imaginé que Marivaux était un peu comme le David Bowie de son époque. Et le jeu des comédiens ressemble à ces rythmes musicaux pop'n rock , à la fois fiévreux et sucrés , qui ponctuent le spectacle ! Il était évident pour moi de travailler également la vidéo car je voulais créer plusieurs espaces de jeu afin que le spectateur ait  l'impression de complètement faire partie de cette maison de fous!  De cette manière on ne quitte jamais vraiment les personnages , même quand ils ne sont pas sur scène .

C'est une expérience formidable de pouvoir jouer ce spectacle après l'avoir mis en scène et j'en suis très heureuse. Je ne sais pas comment s'articuleront mes prochains projets , en tout cas j'ai une furieuse envie de jouer et un profond désir de mettre en scène!  Nous verrons bien.

 

Peux t on imaginer un jour que vous dirigiez une troupe ?

C'est déjà un peu le cas . J'ai crée la compagnie La Boîte Aux Lettres avec mes amis et associés , Bertrand Mounier et François Nambot en 2009. Nous sortions du conservatoire où nous avions suivi l'enseignement de Philippe Perrussel ( notre Monsieur Orgon ) et nous avions envie de travailler ensemble et de réunir tout les talents que nous avions rencontré. Nous sommes plusieurs metteurs en scènes et comédiens au sein de la compagnie et nous avons tous envie de réunir nos forces pour créer tous ensemble de beaux spectacles! Et nous avons plein de jolis projets dans nos valises ! 

Nous avons fait de très belles rencontres après notre formation et de futures collaborations sont en train de voir le jour toujours dans le même esprit joyeux et familial. L'union fait la force comme dit le proverbe et c'est ce que nous nous sommes dit tout les trois quand nous avons crée la compagnie! J'ai beaucoup de chances d'avoir fait d'aussi belles rencontres et j'espère continuer à en faire de nouvelles.

 

Vous jouez actuellement l'Aigle à deux têtes de Jean Cocteau au théâtre du Ranelagh ? Comment avez-vous aborder l'auteur ? Votre rôle ? En quoi la mise en scène de Issame Chayle vous- a -t elle séduite ? 

J'ai toujours aimé Jean Cocteau depuis toute petite! J'ai découvert La Belle et la Bête très jeune et je me suis passionnée pour son oeuvre. J'étais aussi complètement amoureuse de Jean Marais! Et ce qui est très drôle c'est que j'ai travaillé des scènes de l'Aigle à deux têtes dans mes premiers cours de théâtre avec Mireille Delcroix, j'adorais ça. Donc quand Issame Chayle m'a proposé le rôle d'Edith de Berg dans la pièce , j'étais très heureuse ! 

J'étais heureuse de travailler avec de nouveaux comédiens talentueux et de les découvrir dans cet univers poétique et romantique.J'ai tout de suite apprécié la sensibilité d'Issame , il aime le fantastique et les drames mythologiques et ça m'a beaucoup séduite! En plus , il avait une vision du personnage d'Edith qui me plaisait beaucoup . Tout est dans le sous-texte! Une grande émotivité dans un cadre rigide et sévère , ça me parlait , ça demandait beaucoup de précision.Et ce qui était amusant , c'était de pouvoir interpréter un rôle qui était loin du personnage de Silvia que j'avais joué juste avant ! Je pense qu'à chaque fois qu'un acteur travaille un personnage , il se découvre de nouveaux outils et c'est ce qui m'est arrivé avec Edith. C'est une sensation très agréable et on a encore plus envie de chercher et de maîtriser toutes ces nouvelles couleurs.

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