Sur les chemins noirs : un  "bréviaire" de marche

Ce qu'il y a de bien avec Sylvain Tesson c'est que ses marches ne culpabilisent pas  le lecteur car dures,forcées, inhumaines parfois,elles sont inenvisageables  ! Bref on reste a quai sans regret :on ne peut pas le suivre !

On pense bien sûr à Dans les forêts de Sibérie là où pendant six mois,  à cinq jours de marche d'un village, Sylvain  a hiberné hors du temps pour se délester  de l'emprise  de l'existence où comme il dit "j'ai tâché de vivre dans la lenteur et la simplicité".

Avec son nouveau livre Sur les chemins noirs, Sylvain Tesson ne court pas le monde mais arpente la France qu'au fond il ne connaît pas ! en suivant des itinéraires de hasard consignés sur une carte de France de l'hyper-ruralité,il découvre des espaces  miraculeusement protégés, vides de silence aussi  ! Cela nous parle plus que les isbas en bois, le lac Baïkal aussi beau soit-il ! 

Cette échappée française on le sait est pour lui ,une entreprise de "remise sur pied" suite à sa terrible chute d'un toit il y a deux,trois ans . Tel un novice, il déambule, escalade, musarde, poétise, invective, s'égare, se pose ... Qui va lire Sur les chemins noirs ,se dit que là peut être, on pourra emboîter son pas dans celui de Sylvain.

De son départ du Mercantour dans le sud de la France à la presqu'île du Cotentin, Sylvain Tesson s'échine à honorer sa marche, un défi car évidement, bosselé, "déglingué"  comme il est, rien n'est façile. Mais comme le dit  Alexande Vialatte que l'auteur cite  "l'escargot ne recule jamais" . Plus qu'une marche c'est la détermination, la volonté,l'espoir que Sur les chemins noirs nous enseigne. 

Truffé d'anecdotes ,de refléxions sur : la désertification, l'administration ,les néo-ruraux,de rencontres aussi avec ses amis de toujours...Sur les chemins noirs  se lit d'une traite .

Sur les chemins noirs, Sylvain  Tesson, éditions Gallimard. Dominique Larue

Extrait: Je marchais à foulées calmes.Deux mois de cet exercice avaient lancé en moi une mécanique de clepsyde que rien n'arrêterait.Le matin, j'éprouvais encore de vives douleurs dans le dos. Trois ou quatre kilomètres en venaient à bout:un rouage actionné longtemps d'huile de lui-même.La marche avait aussi ses effets d'alambic moral,dissolvant les scories. Tout corps après sa chute -pour peu qu'il se relève- devrait entreprendre une randonnée forcée.L'effort,depuis le Mercantour,faisait son office de rabot,ponçait mes échardes intérieures.Je demeurai ce soir-là assis sur un banc de pierre contre un mur d'une maison,devant les prés salés. En face,la ligne de la côte de Cancale.Au nord,la brume gazeuse de la mer et du ciel.Au sud,une lumière de tableau italien.C'était le moment de faire mes dévotions à la marche,à ma mue,à ma chance.

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