Le Courrier de Casablanca : a lire d'une traite sans escale...
Le Courrier de Casablanca : a lire d'une traite sans escale...

Lié à une belle passion : le dessin ...Ainsi est Phlippe Tarral qui cumule à la fois le métier d'enseignant à l' Ecole Supérieure d'Art et de Design d'Orléans et d' heureux dessinateur de bande dessinée .Déjà auteur entre autre d'un album consacré à la Chevalerie :" Le crépuscule des braves" sur un scénario de Frank Giroud -un grand- voilà que Philippe récidive avec Le Courrier de Casablanca en collaboration pour le texte avec Pascal Davoz . Un titre pour une promesse d' aventure : le début des vols de l' Aéropostal après la guerre de 14/18. Le Courrier de Casablanca édité par les éditions Paquet se poursuivera dans un second tome sur lequel Philippe Tarral oeuvre déjà.Rencontre entre deux coups de crayon avec ce passionné

Comment naît la passion du dessin, l'envie de l'enseigner et de passer simultanément à la création dans l'univers de la bande dessinée ?

"J'ai commencé à dessiner tout petit : mon père me dessinait des chevaux, des vaches que je recopiais et auxquels je rajoutais des cavaliers,des selles,des barbelés, des abreuvoirs...La première lecture fut celle de Hergé bien sûr, avec l'album " Les sept boules de cristal ".

Je me suis rendu compte assez vite de la richesse des scénarios, de l'énorme documentation mais aussi des difficultés à dessiner en donnant l'impression de simplicité ! Mon père m'expliquait alors des passages que je ne comprenais pas...

Plus tard, j'ai découvert le dessin réaliste lorsque en 5è notre prof de français nous fit faire un travail qui consistait à voir comment on pouvait traiter un même thème, en l'occurrence le western, et d'une manière humoristique, avec notamment le bien nommé Lucky Luke .Je peux aussi citer le lieutenant Blueberry de Jean-Michel Charlier et Jean Giraud, dit Gir, dit Moebius.

C'est avec la découverte des dessins de ce dernier que j'ai eu envie de dessiner davantage avant d'imaginer la possibilité d'en faire un métier.

Petit à petit le dessin réaliste m'est apparu comme une sorte de "noblesse" à la différence du dessin humoriste. Ce qui est un tort mais j'y voyais ou percevais un prolongement naturel de l'art du dessin (figuratif) depuis les grottes préhistoriques jusqu'à, pour simplifier outrageusement, la naissance du cubisme.

De nos jours, la bande dessine est presque le dernier refuge du dessin figuratif, de plus en plus absent ou dénigré, dans l'Art contemporain."

Professeur à l' ESAD d' Orléans,vous êtes donc au contact d' adolescents. Cela vous influence-t-il dans votre propre production ? Et quel enseignement en tirez-vous ? Ces ados ,opposent-ils au dessin un support plus actuel pour eux : par exemple la photo ? Bref cela arrive-t-il que ces ados trouvent le dessin "démodé"?

"Enseigner aux autres vous apporte beaucoup mais il est difficile de déterminer de quelle façon . Ce qui est sûr, c'est que je ne pourrais plus m'en passer, cela m'a ouvert davantage aux autres et me permet d'éviter l'écueil d'être un peu trop centré sur moi-même. Le danger d'être trop souvent seul devant ses dessins, outre le fait d'avoir une vie sociale limitée, est de se regarder dessiner et de tutoyer un peu le narcissisme, la complaisance. Ce n'est jamais souhaitable d'un point de vue humain et artistique.

Je constate chez cette jeune génération un attrait pour le dessin et la chose dessinée tout à fait comparable à celui des générations précédentes et loin de certains clichés que l'on véhicule un peu trop fréquemment. En outre mes étudiants comprennent parfaitement la nécessité dans laquelle ils sont d'être le plus à l'aise possible dans la pratique du dessin, du croquis pour leur future activité de designers."

N'êtes-vous pas un peu sévère quand vous dites que la bande dessinée a -pour paraphraser Brassens,une de vos idoles- toujours mauvaises réputation ?

"Sur un plateau de télévision, une "célébrité " n'hésitera pas à donner ses goûts musicaux, en insistant sur le fait que ceux-ci vont du classique au rap, de la Callas à Johnny , avec le blabla habituel sur l'ouverture d'esprit et la "bonne" ou mauvaise" musique mais en matière de lecture ou d'art, elle se gardera bien de dire qu'elle lit aussi des auteurs de bande dessinée ...Je le répète :la bande dessinée est trop absente des médias audiovisuels mais également des conversations, des débats...

J'exagère peut-être un brin car je suis concerné d'autant que je suis bien placé pour savoir à quel point sa pratique est difficile, exigeante et contraignante. Le débat est ouvert..."

Dessiner n'est-ce pas interpréter le monde autrement ? Lui donner une dimension autre ? Arrêter le temps ? Une sorte d'arrêt sur "image" ?

"Effectivement, lorsque l'on dessine, d'une certaine façon on interprète le monde, son propre monde, on l'idéalisme sûrement, même si on dessine des choses dures ou que l'on aborde des thèmes violents. Mais avec le trait, qui est propre au dessin de bande dessinée, et qui renvoie au trait du lettrage, de la calligraphie qui est insérée dans les images, on montre peu et bien qu'étant astreint au figuratif, on suggère: la vision de la réalité est dépouillée, décrite ou révélée avec un scalpel puisque l'on entoure et isole des volumes avec un cerné noir en 2D.

La bande dessinée est faites d'images qui ne font que suggérer, à l'opposé des vraies images qui bougent sur les écrans, quelque soit leur taille, qui ne suggèrent rien mais montrent tout. Je tiens beaucoup à ce pouvoir de suggestion du dessin."

Vous même avez-vous envie de créer votre propre héros ? Une bande dessinée dans laquelle outre le dessin vous y joindriez la "parole" donc le texte ?

"J'avoue que ...oui.C'est tentant d'écrire en plus de dessiner ! Reste que l'écriture d'une histoire ne s'improvise pas, quelque soit le média choisi.Avoir une ou des idées, c'est une chose. Je crois que Michel Audiard disait "Des idées, il y en a plein les journaux"! Ecrire des dialogues est bien plus difficile que ce que l'on croit généralement. D'autant plus que les dialogues dans la bande dessinée, sont destinés à être lus en étant placés dans des dessins. C'est un exercice particulier.

Je ne suis pas sûr d'avoir ce talent très particulier, et pour être honnête, je n'y ai jamais vraiment pensé. Mais je me rends compte que pas mal de collègues franchissent le pas.Il y a aussi la tentation d'adapter un récit déjà écrit, roman, nouvelle.Là aussi, l'exercice est bien plus périlleux qu'il n'y paraît."

Racontez-nous la genèse du Courrier du Courrier de Casablanca , votre rencontre avec Pascal Davoz ,l'auteur du texte .

"C'est la maison d'édition Paquet qui est à l'origine de cette collaboration..Il m'a proposé de travailler sur le récit de Pascal. Initialement, je devais réaliser chez un autre éditeur un album devant se dérouler en juin 40, lors de l'invasion de la France par la Wehrmacht. Ce projet n'a pas abouti t pour différentes raisons .J'ai eu une opportunité avec le Courrier de Casasablanca . J''ai donc lu ce scénario et ai immédiatement été intéressé bien que j'ignorais presque tout du sujet, la création des lignes de l'aéropostal en direction du Maroc, du Sénégal au lendemain de la "der des ders". Néanmoins le mélange de réalité historique précise et de fiction crédible m'a vite séduit...de plus La collaboration avec Pascal Davoz s' est déroulée harmonieusement."

Que peux-t-on vous souhaiter pour l'avenir ?

"Que cet album fonctionne bien .En fait c'est parti pour .Ceci dit rien n'est jamais gagné sur ce marché du livre bien saturé .Rien ne me ferait plus plaisir aussi que de recueillir des avis positifs sur mon travail. Que ce soit de la part de mes pairs ou plus simplement de ceux dont j' apprécie le talent. Et une fois le second tome achevé du Courrier de Casablanca achevé,j'aimerais travailler sur d'autres sujets, d'autres thèmes, d'autres histoires comme par exemple un thème qui me tient particulièrement à cœur: la période sombre de l'occupation...Vous le voyez ,il y a de quoi faire !"

Le Courrier de Casablanca, éditions Paquet .En vente en librairie .Existe aussi en tirage limité à 1000 exemplaires avec ex-libris,dos toilé, cahier graphique de crayonnés et couverture originale ( voir sur la photo ) via les libraires CANALBD

A noter :Samedi 02 juillet, de 15h00 à 18h00, dédicace de l' album "Le courrier de Casablanca" à la librairie Album, 84 bd St-Germain 75006 Paris. Et ce samedi 25 juin , à La Parenthèse, à Nancy....

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