Une vie de femme libre: Daphné du Maurier racontée par Tatiana de Rosnay
Une vie de femme libre: Daphné du Maurier racontée par Tatiana de Rosnay

Il ne faut pas s' étonner que Tatiana de Rosnay se soit intéressée à Daphné du Maurier. C'est que l'auteur de Rebecca, exerce une fascination similaire à celles de ses héroïnes." C' est un personnage de roman " explique bien volontiers Tatiana ! Ce fameux roman : Rebecca ,vendu à des millions d'exemplaires depuis sa sortie en 1938, a apporté à Daphné du Maurier le succès mais comme l'avait prédit son éditeur ,également la vindicte de la critique qui lui a toujours reproché cette gloire "façile" . Cette critique aveugle, bornée, s'est obstiné toute la vie de l'auteur à ne voir en elle, qu'un auteur romanesque ! Ce que n'était pas Daphné du Maurier qui s'en est toujours défendu. D'ailleurs un de ses derniers romans : Le Bouc Emissaire, apporte un démenti formel par le caractère hors norme du héros,un caractère basé sur l'idée du double, du sosie,de l'ambiguité,de la noirceur …Daphné n'aimait-elle pas dire " j'ai toujours été fascinée par l'inexpliqué, la face sombre de la vie. J'ai un sens très sûr des choses qui dépassent nos perceptions et notre expérience quotidienne". Tatiana de Rosnay dans sa biographie Manderley for Ever (éditions Albin Michel Héloïse d'Ormesson) l'explique parfaitement en révèlant la personnalité de cette anglaise atypique en partie d'ascendance française -ce dont elle était très fière - . Fille de Gérald du Maurier, acteur et directeur de théâtre, Daphné grandit dans une atmosphère propice à l'imagination mais aussi -ce que l'on sait moins à l'époque- à des tourments intérieurs nés en partie de sa relation au père...Le jour de Noël 192O, Gérald du Maurier lui offre un carnet noir. Elle en fera son journal intime et s'invente un autre nom: Eric Avon .Déjà à treize ans, sa future personnalité qui influera sur son travail d'écrivain, s'esquisse : elle déteste être une fille et l'écrit "Pourquoi ne suis-je pas un homme? Les hommes font toutes les choses qui demandent du courage". En 1925, elle intègre en France,à côté de Meudon, un collège de jeunes filles où sa préceptrice ,Fernande Yvon, exerce sur elle une attraction coupable. " Elle m'a littéralement ensorcelée, me voilà prise dans ses filets" . Suivront bientôt ses premières nouvelles : La Terreur, La vieille femme ..qui ne la satisfont pas! Il faudra attendre l'achat d'une maison de famille en Cornouailles : Ferryside pour lui mettre vraiment le pied à l'étrier:" La liberté,celle d'écrire,de marcher, de flâner,de gravir une colline, de sortir un bateau, d'être seule".S'enchaînent entre autres, l'Amour dans l'âme, L'auberge de la Jamaïque et …Rebecca inspiré par une propriété proche de Ferryside : Ménabilly que Daphné habitera plus tard et ce pendant presque une vingtaine d'années ." J' ai un peu honte de l'admettre, mais je crois que je préfère "Mena" aux gens".Tout est dit : Ménabilly c'est Manderley :"J'ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley".En près de 450 pages, Tatiana de Rosnay brosse une formidable biographie de Daphné du Maurier :adolescente tourmentée, jeune femme de la high society puis écrivain émérite, épouse,(son mari fût Sir Frederick Browning) , mère de quatre enfants, grand mère .Une vie et de femme libre.

Manderley For Ever ,Tatiana de Rosnay, Albin Michel Héloïse d' Ormesson.A noter: la sortie du roman Rebecca, présenté dans une nouvelle traduction d' Anouk Neuhoff ( la dernière date de 1940) également aux éditions Albin Michel Héloïse d 'Ormesson. A relire : l'Ombre des secrets chez Omnibus,un ouvrage qui concentre les derniers romans de Daphné: Le bouc émissaire, La maison sur le rivage,Le vol du Faucon et des nouvelles comme "Les Oiseaux" (préface de Jacques Baudou )

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